Comment gérez l'incertitude ?

Il y a des périodes où tout semble plutôt bien organisé. On sait où l’on va, ce qu’on va faire demain, dans quelques semaines, voire dans quelques années. C’est rassurant. Et puis parfois, un petit événement suffit à faire disparaître ce sentiment de contrôle. Un changement de travail, une relation qui évolue, un déménagement, un projet qui tombe à l’eau ou simplement de ne plus vraiment savoir ce qu’on veut. Et là forcément, le cerveau commence à faire des heures supplémentaires…

Le problème avec l’incertitude, c’est qu’on aimerait généralement la supprimer. On voudrait savoir ce qui va arriver, prendre la bonne décision tout de suite et éviter les mauvaises surprises. Sauf que la vie fonctionne rarement comme ça. Même avec un agenda parfaitement rempli et une liste de tâches longue comme le bras, il reste toujours une partie de l’histoire qu’on ne connaît pas encore.

Alors, comment faire quand on ne sait pas ? Comment continuer à avancer sans avoir toutes les réponses ? Et surtout, comment éviter de passer trois heures à imaginer les 46 scénarios catastrophes possibles avant de finalement ne rien faire ?


Pourquoi l’incertitude nous met-elle autant mal à l’aise ?

Notre cerveau aime plutôt bien savoir à quoi s’attendre. C’est confortable. Une journée prévisible demande moins d’effort mental qu’une situation complètement nouvelle. Lorsque l’on connaît les règles, les personnes, les lieux et ce qui risque de se passer, on peut fonctionner presque automatiquement.

L’incertitude vient casser ce confort. Elle nous oblige à envisager plusieurs possibilités sans savoir laquelle va réellement se produire. Et c’est souvent là que l’imagination commence à s’emballer.

Vous attendez une réponse importante ? Vous regardez votre téléphone toutes les cinq minutes. Vous avez envoyé un message et la personne ne répond pas ? Votre cerveau a déjà imaginé une dizaine d’explications. Vous devez prendre une décision professionnelle ? Vous commencez à réfléchir à ce qui pourrait arriver dans six mois, dans deux ans et probablement en 2037.

Le plus fatigant, c’est que réfléchir davantage ne permet pas toujours d’obtenir davantage de certitudes.


Accepter qu’on ne puisse pas tout contrôler

On aimerait pouvoir anticiper les événements pour se protéger des mauvaises surprises. Pourtant, une grande partie de notre quotidien échappe complètement à notre contrôle.

On ne contrôle pas toujours ce que les autres pensent, la manière dont une personne va réagir, les opportunités qui vont apparaître ou les événements qui vont se produire. On peut simplement contrôler davantage notre façon d’y répondre.

Cela ne veut pas dire qu’il faut devenir complètement indifférent à ce qui arrive. Il s’agit plutôt de faire la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous.

Vous pouvez préparer un entretien. Vous ne pouvez pas décider à l’avance de la réponse du recruteur. Vous pouvez prendre soin d’une relation. Vous ne pouvez pas contrôler chaque réaction de l’autre personne. Vous pouvez préparer un voyage. Vous ne pouvez pas empêcher la météo de décider de vous rappeler qu’elle fait absolument ce qu’elle veut.


Ne pas confondre préparation et contrôle

Se préparer est utile. Vouloir tout contrôler l’est beaucoup moins.

Il y a une différence entre réfléchir aux différentes possibilités et essayer d’éliminer absolument toute incertitude. Dans le premier cas, on se donne des solutions de secours. Dans le second, on peut rapidement tomber dans la rumination.

Par exemple, si vous partez en voyage, prévoir une solution en cas de pluie est une bonne idée. Vérifier la météo toutes les quinze minutes pendant trois semaines pour essayer de garantir qu’il fera exactement 24 °C avec quelques nuages mais pas trop, là, on commence à perdre le fil.

La préparation sert à nous rendre plus adaptable. Le contrôle absolu, lui, est impossible.


Apprendre à avancer même sans être certain

On attend parfois d’être sûr avant d’agir. Sûr d’avoir choisi le bon travail, la bonne ville, le bon appartement, la bonne relation ou le bon projet.

Le problème, c’est que cette certitude arrive rarement avant la décision. Très souvent, on comprend si une décision nous convient en avançant. On teste, on découvre, on ajuste et parfois on change complètement de direction.

Cela peut être particulièrement difficile pour les personnes qui veulent faire « le bon choix ». Mais il n’existe pas toujours un choix parfait caché quelque part qu’il suffirait de découvrir avec suffisamment de réflexion.

Parfois, il faut simplement choisir l’option qui semble la plus cohérente aujourd’hui et accepter qu’on pourra réévaluer la situation plus tard.


Se concentrer sur la prochaine étape

Quand l’avenir paraît flou, essayer de résoudre toute sa vie d’un seul coup n’est généralement pas la meilleure stratégie. Il peut être beaucoup plus simple de se demander : qu’est-ce que je peux faire maintenant ?

Pas dans six mois. Pas dans cinq ans. Maintenant. Envoyer ce mail. Appeler cette personne. Faire cette recherche. Prendre rendez-vous. Tester cette activité. Demander un conseil. Faire une première démarche.

Une petite action concrète donne souvent davantage de clarté qu’une heure passée à tourner le problème dans tous les sens.


Faire avec le scénario « je ne sais pas »

On a parfois tendance à considérer « je ne sais pas » comme une mauvaise réponse. Pourtant, c’est parfois la réponse la plus honnête et la plus saine.

Je ne sais pas encore ce que je veux faire. Je ne sais pas comment cette situation va évoluer. Je ne sais pas si cette décision sera la bonne. Je ne sais pas ce qui va se passer. Ne pas savoir aujourd’hui ne signifie pas qu’on ne saura jamais. Certaines réponses apparaissent simplement avec le temps, l’expérience et les nouvelles informations. On peut même décider de se donner le droit de ne pas avoir de réponse immédiatement.


Arrêter de demander des garanties à la vie

On aimerait parfois avoir une garantie avant de commencer. La garantie que le projet fonctionnera. Que la relation durera. Que le changement sera positif. Que l’on ne regrettera pas sa décision.

Mais si l’on attend une garantie pour chaque choix important, on risque de rester longtemps au même endroit. Prendre un risque ne signifie pas forcément faire n’importe quoi. Cela peut simplement vouloir dire accepter qu’une partie du résultat nous échappe. Et finalement, c’est aussi ce qui rend certaines expériences intéressantes. Si l’on connaissait déjà exactement le résultat, il n’y aurait plus vraiment de découverte.


Transformer l’incertitude en curiosité

Et si on changeait légèrement notre façon de regarder les choses ? Au lieu de penser : « Je ne sais pas ce qui va arriver, donc c’est inquiétant », on peut parfois essayer : « Je ne sais pas ce qui va arriver, donc je vais découvrir. »

Une nouvelle ville devient une exploration. Une nouvelle activité devient une expérience. Une rencontre devient une possibilité. Un changement professionnel devient quelque chose à découvrir plutôt qu’un scénario qu’il faut absolument maîtriser.

Bien sûr, cela ne fonctionne pas à chaque fois. Il y aura toujours des périodes où l’incertitude sera réellement stressante. Mais la curiosité peut permettre de laisser un peu plus de place à l’inattendu.


Et si vous faisiez confiance à votre capacité d’adaptation ?

On cherche souvent à avoir confiance dans l’avenir. Pourtant, il est impossible de savoir exactement ce que l’avenir nous réserve. Une autre possibilité consiste à avoir confiance en soi. Pas dans le sens « tout ira forcément parfaitement ». Plutôt dans le sens : si quelque chose change, je pourrai essayer de m’adapter.

Cette nuance est importante. Elle ne promet pas que tout se passera comme prévu. Elle rappelle simplement qu’on a déjà traversé des situations que l’on ne connaissait pas auparavant.

On oublie facilement toutes les choses auxquelles on s’est adapté sans même s’en rendre compte. Un nouveau travail, une nouvelle ville, une rupture, une rencontre, une période compliquée ou simplement une grosse modification de nos habitudes.


Finalement, faut-il apprendre à aimer l’incertitude ?

Peut-être pas. Il n’est pas nécessaire de devenir la personne qui répond « j’adore ne pas savoir ce qui va se passer » avec un grand sourire. L’objectif est peut-être simplement d’apprendre à vivre avec. Accepter qu’une partie de notre vie restera toujours imprévisible. Faire ce que l’on peut avec les informations dont on dispose. Prendre des décisions sans attendre une certitude absolue. Et surtout, comprendre qu’une situation incertaine n’est pas forcément une mauvaise situation.

C’est probablement là que l’incertitude rejoint directement l’idée de sortir de la routine. Parce que lorsque l’on accepte de ne pas tout savoir à l’avance, on laisse aussi un peu plus de place à la nouveauté, aux rencontres, aux erreurs, aux découvertes et aux opportunités auxquelles on n’avait pas pensé. On ne sait pas toujours où l’on va. Et finalement, ce n’est peut-être pas si grave.

Parce qu’une vie dans laquelle tout serait parfaitement prévisible serait peut-être beaucoup plus rassurante… mais probablement aussi beaucoup moins intéressante.


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